Le temps change …

Depuis quelques jours, les manifestations dues aux changements climatiques se confirment dans la ville de Cotonou (Bénin) par des inondations spectaculaires. La crue de cette année 2010 est exceptionnelle. Toutes les infrastructures situées le long du lac nokoué sont envahies par l’eau. Les caniveaux jouent actuellement un rôle contraire à celui qui fonde leur mise en place. Au lieu qu’ils conduisent l’eau vers le lac, ils le font dans le sens inverse (du lac vers l’intérieur de la ville). La photo 1 prise à Saint Cécile dans le 6ème Arrondissement de Cotonou est illustratif à plus d’un titre.

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Photo 1 : Caniveau remplie et deversant le trop plein sur le pavé à saint Cécile

Source : ONG CREDEL, septembre 2010

Dans le même temps les populations déversent des déchets dans ces caniveaux qui ont déjà du mal à jouer leur rôle (Photo 2).

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Photo 2 : Caniveau jonché de déchets à Aidjèdo (6ème arrondissement de Cotonou)

Source : ONG CREDEL, septembre 2010

Les causes de ce phénomène exceptionnel selon les populations ? Pour certaines franges de la population, les inondations de cette année dues à la crue du fleuve Ouémé s’explique par la coïncidence des phénomènes naturels comme l’éclipse solaire ou lunaire qui survient par moment. Pour d’autres par contre, c’est dû au à la fermeture de l’embouchure de la lagune qui empêche les eaux pluviales de se déverser dans la mer. Du coup, on constate que très peu de personnes arrivent à lier les inondations exceptionnelles aux changements climatiques. Les conséquences d’une telle réflexion est la non intégration des évènements exceptionnels liés aux perturbations climatiques dans nos programmes d’action individuels et collectives.

Que font les autorités face aux drames causés par la crue 2010 à Cotonou ? A l’heure actuelle, des tournées avec caméra à l’appui sont organisées par les autorités aussi bien municipales que gouvernementales pour rendre visite aux sinistrés. Des moustiquaires, médicaments, etc. sont donnés à certaines familles vulnérables. Mais, le problème demeure !

Pour les populations, la crue est un phénomène cyclique qui a lieu chaque année courant septembre-octobre. Mais l’ampleur de la crue de cette année dépasse l’entendement. La plupart des animaux sont ravagés par l’eau. Les biens matériels (documents, maisons, meubles, assiettes, etc.) sont dans des conditions pitoyables. Les ateliers situés le long des voies sont inaccessibles. En conséquence, les activités sont bloquées (photo 3).

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Photo 3 : Ateliers et maisons inondés dans le quartier vossa (6ème arrondissement de Cotonou)

Source : ONG CREDEL, septembre 2010

A qui profite la crue de cette année 2010 ? Les populations riveraines ont mis leurs pirogues sur les pavés pour transporter les passants d’un bout à l’autre. Cette activité créée de façon spontanée leur génère des ressources financières. Pour passer d’un coté à un autre, il faut payer 100F CFA. Le prix est assez élevé pour les passagers enquêtés. C’est ce qui fait que certains sont obligés de passer dans l’eau comme l’indique la photo 4.

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Photo 4a : Arrivé des passagers sur le pavé de Fifadji en pirogue (9ème arrondissement de Cotonou)
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Photo 4b : Départ des passagers sur le pavé de Fifadji en pirogue (9ème arrondissement de Cotonou)

Source : ONG CREDEL, septembre 2010

Les taxis motos (zémidjans) quant à eux profitent de la présence de l’eau pour laver leurs motos (photo 5)

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Photo 5 : Zémidjans lavant les motos dans les eaux stagnantes sur le pavé d’AIDJEDO

Source : ONG CREDEL, septembre 2010

Certains mécaniciens, et électriciens auto se sont déplacés vers les endroits inondés pour régler sur place les panes des engins qui se noient. Des alternatives et initiatives privées sont prises par certaines populations conscientes du fait que l’amplification du problème est due d’une part à la mauvaise gestion des déchets et d’autre part à la mauvaise occupation du sol. Les pancartes sont placées pour mettre en garde tous ceux qui seront surpris en train de verser des ordures dans les collecteurs (photo 6). Une amende de 25000 F est prévue en guise de punition des coupables.

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Photo 6 : Pancarte placé pour interdire le rejet d’ordures dans le lac

Source : ONG CREDEL, septembre 2010

Un sage du 6ème arrondissement propose que chaque sinistré marque sur le mur le plus haut niveau qui serait atteint par l’eau et en tenir compte pour les aménagements futurs dans le cadre de la prévision des inondations de 2011.

De façon plus rationnelle, un comité de pré-alerte sera mise en place pour informer d’avance les populations sur les dispositions à prendre dès que les pluies prennent d’ampleur dans le moyen-Bénin. L’ONG CREDEL à travers le projet de Protection de la Communauté Urbaine de Grand Cotonou face aux Changements Climatiques (PCUG3C) s’active pour l’accomplissement de cette tâche. C’est pourquoi, un appel est lancé à l’endroit de tous pour que les informations puissent être réellement partagées dès que le comité va démarrer ses activités.


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